Le 26 mai dernier, Le Ticket a pu assister au Dev Summit, le rendez-vous incontournable des équipes tech d’Adeo (Leroy Merlin, Weldom…). Co-organisé cette année avec Decathlon, l’événement a offert de belles surprises. Reportage en exclu dans la canicule de la métropole lilloise.

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 ✉️ Article issu du Ticket n°150

📌 TL;DR - Ce que tu vas apprendre dans cette synthèse du Dev Summit organisé par Adeo et Decathlon : 

1- Le message d’ouverture marquant : “Non, les agents IA ne sont pas des collègues. Ce sont des outils”
2- Apprendre à designer l’invisible : Pourquoi le ton et la personnalité sont le nouvel UX
3- La mise en garde du cofondateur de VLC : “Pourquoi n’avoir qu’un seul fournisseur est une folie partout… sauf dans la Tech ?”
4- Les 7 pièges d’accessibilité qui détruisent ta conversion d’un produit
5- Quelles stratégies pour les apps mobiles chez Adeo et Decathlon ?
6- "Le goulet d'étranglement ne réside plus dans l'exécution, mais dans l'alignement, la clarté et la vision"
7- B-Mad, le nouveau framework du moment
8- Spark, le nouvel OS produit créé sur-mesure par Adeo basé sur une trentaine d’agents IA spécialisés tout au long du cycle de développement

C’est l’un des plus grands raouts tech de France… mais tu n’en as jamais entendu parler ! Logique : le “Dev Summit” est un événement purement interne.

À l’origine organisé pour les équipes tech de Adeo, le groupe derrière les enseignes Leroy Merlin, Weldom, Saint-Maclou ou Tecnomat, il s’est progressivement ouvert. D’une part, aux métiers du produit, de la data et du design. 

Mais également, cette année, à un autre groupe nordiste bien connu : Decathlon. Deux mastodontes internationaux de la sphère Mulliez aux tailles équivalentes : 17 Mds € de CA et 103 000 salariés dont 3 600 spécialistes numériques pour le géant de l’équipement sportif, 33 Mds € de CA, 115 000 salariés dont 4 500 au numérique pour le champion du bricolage.

Co-organisateur pour la 1ère fois de cette 9e édition, ils ont donné une ampleur inédite à ce Dev Summit de 2026. Les plus de 2 200 personnes participantes ont pu assister à 215 interventions réparties sur 3 jours, avec des speakers évidemment d’Adeo et Decathlon pour la plupart, mais également de Google, Doctolib, Zalando, Photoroom ou encore BackMarket.

Franchement, ça pourrait devenir une grand-messe ouverte au public désormais” a-t-on d’ailleurs entendu dans les travées, devant la qualité du plateau.

On s’est rendu le 26 mai dernier sur le campus bucolique d’Adeo, en périphérie de Lille, afin d’assister à la première journée. Voici notre compte rendu en 8 apprentissages majeurs. Exclusifs donc.

Adeo-Decathlon-Dev-Summit-pavillon
Un événement très terrain

1- Le message d’ouverture marquant : “Non, les agents IA ne sont pas des collègues. Ce sont des outils”

Les pontes de la tech en ouverture. Sur la scène principale pour lancer les 3 jours d’hostilités, Romain Taillade, Chief Technology Officer de Decathlon et Matthieu Grymonprez, Digital Data Global Leader d’Adeo. 

Premier enseignement : la tech est vraiment en train de vivre un moment charnière. En témoigne l’accroissement phénoménal du code déployé chez Decathlon depuis le début de l’année, dans les mêmes proportions que ce qui est constaté plus globalement sur Github.

Adeo-Decathlon-Dev-Summit-Taillade-Grimonprez-code

Autre graphique projeté impressionnant : la vitesse (quelques semaines) à laquelle l’agent IA OpenClaw a réussi à dépasser la popularité sur Github de React ou de Linux. Des solutions open-source qui ont, pour leur part, mis plus de 10 ans avant d’atteindre ce niveau !

Le trait bleu est bien une courbe...

Matthieu de Adeo prévient toutefois, à rebours de la plupart des discussions du moment :

Non, les agents IA ne sont pas des collègues. Ce sont des outils. Nous restons des entreprises humaines. N’oublions pas que les agents n’ont pas de capacité de jugement ni de sens des responsabilités”.

Il n’empêche : l’IA va profondément modifier nos jobs et nos activités, poursuit-il.

Nous entrons dans l’ère de la fluidité totale. Nous n’allons plus définir de workflows rigides. Nous allons déterminer nos capacités et nos systèmes devront être prêts à interagir de manière autonome dès qu’une intention est manifestée”, résume Romain Taillade. 

Qui introduit deux nouveaux piliers chez Decathlon : 

  • La machine comme interlocutrice (= les systèmes doivent être découvrables par des IA qui ont des capacités sémantiques)
  • Des expériences juste à temps (“l’expérience utilisateur ne sera plus codée en dur mais construite à la volée aussi rapidement que l’intention sera comprise”)

Le CTO projette alors ce qui s’apparente comme la feuille de route de beaucoup d’architecture tech : la plateforme tech représente les muscles. Auxquels il faut désormais ajouter un système nerveux.

Adeo-Decathlon-Dev-Summit-Taillade-Grimonprez

Le ton est donné.

2- Apprendre à designer l’invisible : Pourquoi le ton et la personnalité sont le nouvel UX

Il est temps d’arrêter de raisonner en écrans et de commencer à penser en termes de conversation et de personnalité. Voici la thèse défendue par Stéphane Lebas, directeur Customer & Commerce Platform chez Adeo.

Dev-Summit-Adeo-Decathlon-stephane-lebas

Pour lui, l’avenir de l’expérience utilisateur n’est pas quelque chose que l’on verra mais que l’on ressentira, à travers une conversation. Les outils vont désormais moins être considérés comme des outils que comme des personnages à qui on va associer un nom et des attributs.

De l’ère du GUI (graphical user interface) à celle de la conversation

Pour l’ancien CPO de Betclic, Malt ou encore Qare, les agents ne sont pas une nouveauté. Cela fait 10 ans que l’on voit des demos en ce sens dans les grandes keynotes américaines.

Ce qui change vraiment, c’est le ton et la pertinence de ces derniers. Ce qui implique une nouvelle façon de considérer le design : 

  • La “personnalité” comme nouvelle navigation

Avant, on s’orientait sur un produit de manière visible et mécanique avec des menus et des clics. Demain (voire aujourd’hui parfois !), la navigation se fera par la voix, la confiance et la connaissance du contexte personnel. Invisible, émotionnel et imprévisible.

  • Le ton comme les nouvelles “typo et couleurs”

Avec l’accent mis de plus en plus sur le rythme, la “verbosité”, le lexique employé, l’émotion générée (humour, politesse…)

  • La confiance comme nouveau pilier de la pertinence (= traitement des hallucinations)
Exemple de deux réponses données par des agents IA à la même question. Notons le supplément d'âme -façon de parler- de la 2e.

Autrement dit, il va falloir apprendre à designer l’invisible. Et à remplacer le “look & feel” par le “sound & soul”.

Les derniers conseils de mise en pratique de Stéphane Lebas ?

  • Documenter son tone of voice (pas dans un PDF sur Confluence mais dans un fichier Soul.md qui va définir le comportement de votre agent)
  • Expérimenter avec 3 personas opposés (diplomate, sarcastique et anxieux afin de mesurer l’engagement et la charge cognitive)

Ou comment apprendre à ne plus dessiner une interface mais à construire une relation.

3- La mise en garde du cofondateur de VLC : “Pourquoi n’avoir qu’un seul fournisseur est une folie partout… sauf dans la Tech ?”

Invité de marque sur la scène principale : Jean-Baptiste Kempf, le président et co-créateur de VLC, le célèbre lecteur vidéo open-source au logo en forme de cône de chantier orange et aux… 6,9 milliards de téléchargements dans le monde !

“Le logiciel français le plus utilisé sur la planète”, ajoute-t-il, provoquant une salve d’applaudissements spontanés, signe de l’aura et de la street cred de celui qui a également été Chief Technical Officer de l’hébergeur français Scaleway.

Il faut dire que cet innovateur éthique détonne et affiche haut et fort ses convictions. VLC, projet étudiant maintenu à l’origine par une dizaine de bénévoles, est aujourd’hui téléchargé par 1 million de personnes par jour.

Combien l’utilisent ? Je ne sais pas. Car je ne les espionne pas”, lance-t-il.

Logiciel le plus utilisé… mais le moins rentable ! 0 bénéfice. Aucune donnée personnelle collectée, aucune publicité affichée.

Adeo-Decathlon-Dev-Summit-Jean-Baptiste-Kempf-VLC-2

La perte d’autonomie : un risque majeur dans la tech

Le combat de Jean-Baptiste ? La souveraineté numérique. Mot qu’il déteste au passage, car évoquant la domination et l’esclavage. Même si elle n’est pas sans rappeler la réalité actuelle :

Si demain Google, Facebook, Amazon, Netflix etc décident d’augmenter leurs prix, comme VMWare ou Citrix l’ont fait, que faites-vous ? Rien. Vous payez. Car vous n’avez pas le choix”, lâche-t-il.

Lui préfère la notion d’autonomie, qu’il détaille avec un exemple très parlant. “Combien se sont levés à 3h du matin aujourd’hui pour faire leur croissant ? Personne. C’est normal de dépendre les uns des autres dans une société”, illustre-t-il.

Le problème est de mettre tous ses œufs dans le même panier. Il prend l’exemple de Decathlon qui, comme toute entreprise industrielle, ne fait jamais appel à un seul fournisseur pour des pièces critiques de ses équipements. “Pourquoi est-ce une folie partout… sauf dans la Tech ?”, interroge-t-il alors.

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