La Product Week Winter en 7 moments forts

Du 18 au 22 janvier dernier, Bpifrance Le Hub et Thiga ont tenté de chasser le blues des amoureux/euses de peuf et de pistes bleues avec une conf’ hivernale en ligne sur le produit : la Product Week Winter. Synthèse très subjective du Ticket, en 7 bonhommes de neige.

C’était un peu le festival des pulls moches. Mais comme le résumait Octave Letellier de Bpifrance, l’esprit de la Product Week, ce sont “des sujets sérieux sans se prendre au sérieux”.

Après une première édition estivale sous le signe de la chemisette et du collier à fleurs, le nouvel événement produit est revenu en ligne, du 18 au 22 janvier dernier, pour une série de 8 conférences, au coin du feu et du sapin. 

Si vous ne faisiez pas partie des 3 100 participant.es, Le Ticket vous propose une remontée gratis en haut de la piste, pour revivre les moments forts de cette semaine. Bon, à notre manière. Plus en mode invitation à voir les vidéos que synthèse exhaustive. Bonne descente.

⛄ 1. L’anecdote de la semaine…

… nous vient de Pauline Bongrain qui, avant d’être head of product chez OpenClassrooms, bossait à la SNCF. Dans un débat sur l’infusion du produit dans l’entreprise, elle s’est remémorée une histoire cocasse :

“On travaillait sur l’équipement d’écrans de vieilles rames qui allaient partir à la casse dans quelques années, pour que des personnes malentendantes aient accès de manière écrite aux annonces orales du chef de bord. C’était un projet pharaonique ! Et on s’est rendu compte qu’il était nécessaire, en fait, de revenir au besoin initial. On a donc travaillé étroitement avec des associations de personnes malentendantes et on est arrivé à une solution au coût bien moindre : la duplication des messages oraux par SMS grâce à un service d’abonnement gratuit”.

Leçon de l’histoire : partir du problème, ça évite de s’acharner sur une solution qui n’est pas la bonne. Et ça ne fait pas de mal aux contribuables 😉

Même si on enfonce un peu des portes ouvertes en disant ça, on retiendra aussi dans cette conf’ l’importance de l’empathie pour embarquer une organisation dans la culture produit.

Illustration, toujours avec Pauline, toujours au sein de la SNCF :

“Dans une réunion, j’ai parlé de kick-off. Et à partir de là, c’était terminé, j’avais perdu les gens en face de moi. Mais c’est mon erreur. J’ai créé un clivage et deux clans alors que le message, en soi, doit être commun”.

Un avis partagé par celui qui partageait la piste avec elle, Alexis Fogel, le cofondateur de Dashlane et, désormais, de Stonly :

“Le vocabulaire et la compréhension de ce que l’on fait sont complètement différents quand on sort de notre petit cercle produit. Pour moi, tout PM devrait aller faire du support, aller parler aux clients, aller accompagner les sales lors d’appels…”

⛄ 2. La citation de la semaine

“Le discovery, ce n’est pas un métier, c’est une activité”

Son auteur ? Dimitri Baeli, CPO chez Aramis Auto. Qui dit qu’il n’en est pas l’auteur original… Mais il l’a tout de même prononcée lors de la discussion “Discovery vs Delivery : quand le Product Manager est funambule”, donc on va lui attribuer malgré tout.

L’idée : il faut impliquer l’équipe (et notamment les dev’) à cette notion de discovery (=découverte des besoins utilisateurs et des opportunités produit).

“L’innovation, c’est une culture où chacun peut arriver avec une solution et où l’idée peut venir de n’importe qui. Il est donc important d’encourager l’implication de tout le monde”, agrémente Solène Lagrée, PM freelance et mentor à Openclassrooms.

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En début d’intervention, plutôt sur le delivery (= le fait de livrer une fonctionnalité ou un projet, de le rendre disponible pour les utilisateurs finaux), Dimitri Baeli nous a gratifiés d’un judicieux rappel sur le métier de PM. Qui aurait aussi pu avoir sa place dans le palmarès de la meilleure citation, autant sur le plan tactique que technique :

“On est comme le sélectionneur de l’équipe de France de foot : tout le monde a un avis [sur ce qu’on devrait faire]. On est soumis à tous les vents, à tous les avis mais c’est de notre responsabilité de décider sur quoi on travaille. Nous avons ce rôle de conseiller en décision.”

Et un, et deux et trois citations de Dimitri Baeli, décidément très en forme quand il revêt le chandail crème bariolé de liserés bleus :

“Le discovery, il ne faut pas attendre qu’on nous le demande. Si on ne le fait pas nous-même, on n’a rien à faire côté produit. En fait, on doit réussir à faire en sorte que l’entreprise nous délègue l’animation du discovery. ”

Même si cela prend du temps et de l’énergie. Comme l’explique concrètement Christopher Parola, VP Product chez MeilleursAgents et sérieux prétendant au titre du meilleur pull de la semaine :

“Je me rappelle du 1er test utilisateur qu’on a fait au début. Il y a quelqu’un dans la salle -que je ne citerais pas- qui a dit au product designer : ”Tu as vu 5 de tes potes, OK. Maintenant, on fait quoi plus sérieusement ?” On en rigole maintenant mais le product designer en question ne s’est pas démonté et il a continué. Petit à petit, les choses ont changé et on a mis au final 2 ans et demi avant d’avoir une vraie culture du discovery. C’est un vrai message d’espoir… même s’il ne faut pas sous-estimer le niveau d’effort qu’il faut pour avoir les clés du camion”.

Aujourd’hui, MeilleursAgents est d’ailleurs doté d’une équipe de recherche qui travaille en continu pour faire du discovery.

⛄ 3. La réponse rapide de la semaine

Faut-il savoir coder pour être PM ? Non.

D’autres questions ? 

Allez, on précise un peu quand même.

“Je n’ai pas écrit une ligne de code en 5 ans chez Algolia” lance ainsi Lucas Cerdan, ex lead product manager chez Algolia dans le débat sur le sujet. “Pas dans la codebase du produit en tout cas. Parfois pour automatiser des tâches,” confirme de son côté Arnaud Breton, Principal Product Manager chez Sqreen. “Ce n’est pas un bloqueur. C’est un should ou un could mais pas un must,” précise pour sa part Arthur Rougier, CPO de JobTeaser.

“En fait, cela peut être nécessaire soit si on travaille avec des dev’ au quotidien. Soit si on travaille sur un produit très technique, dans le machine learning ou l’algorithmique par exemple. Mais dans la majorité des cas, non, ce n’est pas un pré-requis,” résume Lucas Cerdan. 

Bon, il s’est dit plein d’autres choses intéressantes dans la conférence mais on fait une synthèse tout schuss, on avait prévenu (oui, on est parfois un peu flemmard au Ticket).

⛄ 4. Le % de la semaine

75 %. La part des conférences dans lesquelles on a entendu parler du nouveau bouquin de Marty Cagan, Empowered. L’histoire ne dit pas si on est sur le même ratio en termes de lecture effective par contre…

Mais au fait, vous avez lu notre interview de Dieu en décembre dernier… à propos de Empowered ?

⛄ 5. La mauvaise nouvelle de la semaine

Ce n’est pas en rejoignant une licorne qu’on va devenir blindé(e). Même en produit.

« La valorisation de la boîte va peut-être faire X2. Mais pas X20 ou X30 comme ça peut l’être si on arrive au début”, prévient Benoit Terpereau, l’ex VP Product de Deezer qui nous avait parlé d’orga produit dans Le Ticket par le passé.

Et sinon, faire du produit dans une licorne, ça change quoi ? Bè pas tant que ça en fait. Une bonne dose de pression (car “licorne = gros marché = grosse concurrence = chaque choix produit est crucial”). Il n’y a plus trop de profils PM couteau suisse, mais plus des spécialistes.

Mais sinon :

« Une licorne, c’est plus une question financière que produit. Ca ne change rien au challenge produit et à la façon dont tu fais tu produit”, résume Lucie Buisson, CPO de Content Square.

“Je n’y apporte pas beaucoup d’attention. J’ai bossé dans des boîtes qui auraient pu avoir ce statut mais n’ont pas été chercher la valorisation. Ce qui m’intéresse plus, c’est l’ambition, la culture produit, le product first / product led. Mais on s’en fiche d’être ou non une pépite française”, ajoute Benoit, désormais CPO chez Ocus.

⛄ 6. La surprise de la semaine

La conf’ “France VS USA : quelles différences côté produit ?” n’a pas été la plus fournie en anglicismes ! Preuve qu’Amandine Durr (Product director ManoMano), Louis Lecat (head of product Algolia) et Sébastien Magoutier (VP Product Decathlon) se sont bien réadaptés depuis leur retour au pays, après plusieurs années outre-atlantique.

Et pour ce qui est de la réponse à la question du thème :

  1. Aux US, on se concentre plus sur ce que tu délivres (KPI et OKR), moins sur la manière de l’atteindre (“le temps que tu passes au bureau, là où tu travailles etc…”)
  1. Plus grande bienveillance aussi face aux erreurs. A partir du moment où tu expliques pourquoi et que tu communiques dessus. (bon même si tu n’es pas à l’abri de prendre tes cartons si à force d’en faire tu n’atteins pas tes KPI…)
  1. Plus grande culture de l’inclusion et de la diversité
  1. Relation de confiance plus rapide dans le talent. Tu n’es pas obligé(e) d’attendre des plombes pour avoir des responsabilités si tu es doué(e)
  1. Et enfin, (nettement) plus grande maturité autour de la fonction produit

“En France, on passe son temps à expliquer le métier de PM alors que c’est clair aux Etats-Unis,” témoigne Amandine.

Sébastien poursuit :

“Les fonctions adjacentes sont également très matures entre le go to market (= product marketing) et les développeurs. Ce qui permet aux PM de se focaliser sur leur rôle… Et d’être plus challengés avec des questions comme “pourquoi cette feature”, “pourquoi on fait ça”, “sur quel type de marché” etc. En fait, c’est par l’augmentation de ces fonctions (product design, tech lead, product marketing manager…) que la fonction PM va grandir aussi”.

Et dans la série “il y a quand même une part de fantasme américain”, notons :

  1. Un équilibre pro et perso dégueu notamment à New York, où tu es “dans l’optimisation permanente de ta vie et de ta carrière”
  1. A San Francisco, la tech, c’est matin, midi et soir. “Moi, j’ai pris le pli de parler boulot au bout de 30 secondes d’une discussion ou dans une soirée. Mes potes en France me répondent mais ils enchaînent vite sur autre chose… et moi je suis perdu !” raconte en rigolant Louis par exemple.

⛄ 7. Le coup de coeur de la semaine

Bon, allez, on va se mouiller. Au Ticket, notre conf’ préférée, ce fut celle sur Comment gérer ses fondateurs ? Et on ne dit pas ça parce qu’on a déjà interrogé les deux intervenants dans Le Ticket, Pauline Marol, la VP Product de PlayPlay et Stéphane Lebas, le CPO de Qare. Ni parce qu’on adore son modérateur, Gabriel Szanto (de Majelan et du podcast La French Touch) qui réussit à faire hipster malgré le dress code hivernal. 

Non, on a tout simplement aimé car cela nous a rappelé des situations vécues (sûrement que cela vous fera la même si vous travaillez dans le produit). 

Moments choisis :

  • Sur l’importance de l’humilité au départ

“On arrive en tant qu’expert du produit mais on ne connaît rien à la société, au marché ou aux utilisateurs. Il faut donc résister à l’envie de faire sa première roadmap. Ca peut brusquer d’office la personne qui a créé la société” (Pauline)

“C’est comme confier son bébé à une nounou ou à une crèche : il faut créer la confiance. Et ne pas arriver avec des convictions sur le produit. Les premiers mois, ce serait prétentieux de dire qu’on a un impact. Une bonne façon de créer cette légitimité au début, c’est de se positionner en manager de l’équipe produit. Ce que n’ont pas le temps de faire les fondateurs donc il y a de la valeur ajoutée à récupérer cette dette managériale en quelque sorte” (Stéphane)

  • Sur la question des fulgurances produit du fondateur/trice

“Les idées du fondateur peuvent arriver à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, avec une maquette Powerpoint. La base, c’est de réussir à définir les canaux pour ne pas avoir constamment des Whatsapp à 2h du mat’ ! Cela peut être par un channel Slack dédié par exemple. Mais il faut aussi jouer le jeu et rentrer dans cette dynamique… car souvent, ces idées sont bonnes !” (Pauline)

“C’est normal. Quand tu es fondateur, et je l’ai été, tu y penses jour et nuit. Pas qu’au produit d’ailleurs. Et si la boîte en est là, c’est qu’il y a eu ce foisonnement. […] La vérité, c’est que généralement 75% des idées sont intéressantes, 15% sont discutables et 10% sont catastrophiques (mais tu as un doute quand même car, qui tu es, toi, pour remettre en question son jugement). C’est difficile de s’opposer mais c’est un peu notre devoir. Il faut arriver à faire passer le message de façon objective et positive. Sans oublier qu’en face de soi, on a une personne super résiliente. Si elle en est arrivée là, ça veut dire qu’elle a résisté à des gens qui lui ont dit non !” (Stéphane)

  • Sur les façons de dire non, justement

“Il y a toujours le joker de l’user test… même si je me suis déjà fait piéger personnellement. Le fondateur dit : “OK… Je vais leur demander !” C’est mortel car il va demander à sa famille, ses amis. Des gens qu’il connaît depuis longtemps et qui ne vont pas lui dire non. C’est ce qu’on appelle le biais de confirmation. Il faut donc absolument que la partie user research soit faite par les équipes avec une vrai méthodo, un vrai ciblage, un vrai questionnaire.” (Stéphane) 

“Notre rôle, c’est de savoir comment réduire le risque au minimum et faire dire que ce n’était pas une bonne idée le plus rapidement possible avec des vraies preuves tangibles.” (Pauline)

“Sachant qu’à un moment, il faut quand même être bon soldat. Il y en a pour qui c’est leur vie, leur patrimoine, leur bébé. Tu peux leur dire que ce n’est pas une bonne idée, une fois, deux fois, tu argumentes… Mais il faut savoir lâcher l’affaire parfois et leur faire confiance.” (Stéphane)

  • Sur le court-circuitage auprès des équipes et le rôle du CPO

“C’est hyper sain d’avoir des relations directes avec les équipes. Ces dernières en ont besoin, rien que pour la valorisation de leur travail. Notre rôle, c’est en quelque sorte de faire la traduction, le service après vente. En fait, notre travail est plus vis-à-vis des équipes que des fondateurs. C’est à nous de leur expliquer comment avoir une communication efficace et les coacher pour que la relation se passe bien, comme on connaît les fondateurs plus intimement” (Stéphane)

“Mon rôle, c’est d’être au service du fondateur et faire en sorte que le temps qu’il accorde au produit soit le plus rentable possible pour lui. Quitte à faire des formats uniquement pour lui : une réunion, un mail de récap… En bref, à faire l’extra mile pour lui donner accès facilement à l’information” (Pauline)

  • Sur la distorsion du temps

“La question qui revient tout le temps, c’est “Pourquoi ça prend autant de temps ?” C’est plus souvent la vélocité en effet que la qualité. Car le référentiel du fondateur, c’était l’époque où il a commencé. Voire où il développait lui-même. Je suis arrivé dans des situations où le fondateur me disait : “Faut mettre un bouton sur la page, tu fais un if then, on met un carré; ça prend 10min et c’est fini.” Sauf que la société n’a plus la même taille. Quand tu fais du développement, tu as la conception, les effets de bord, la documentation, les tests, le déploiement… Toutes ces tâches prennent du temps. D’autant qu’en vrai, on est jamais à quelques semaines près.” (Stéphane)

On a trouvé ça passionnant, vraiment. 

PS : oui, vous avez bien compté, il manque deux conférences à cette synthèse. C’est tout simplement parce qu’on ne les a pas (encore) vues ! Mais ne vous gênez pas, elles sont là ci-dessous. Bon hors-piste ! (quand on vous dit qu’on est flemmard…)


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