Boris Cherny est l’inventeur de Claude Code, l’outil qui a révolutionné la programmation par IA. Invité du podcast de Lenny Rachitsky il y a quelques semaines, il est depuis devenu… la vidéo la plus vue de tous les temps de la chaîne ! Voici les passages clés à retenir. C’est radical. Souvent déroutant. Certes très biaisé. Mais tout aussi instructif, si tu veux esquisser le (potentiel) futur de la tech, avec ceux qui le construisent.
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1- La naissance de Claude Code : de 2 likes en interne… à possiblement 20 % des commits sur Github dans le monde d’ici fin 2026
L’histoire de la tech retiendra peut-être le 24 février 2025, date du lancement officiel de Claude Code, comme un moment charnière du développement informatique.
4 % des commits publics sur Github dans le monde sont aujourd’hui attribués à Claude Code. Surtout, à l’allure actuelle, ce chiffre devrait dépasser les 20 %... d’ici la fin de l’année ! “Claude Code est le point d’inflexion” titre ainsi cette newsletter, d’où proviennent ces chiffres.
“Nos meilleurs développeurs n’ont pas écrit la moindre ligne de code depuis décembre”, illustre ainsi le CEO de Spotify il y a quelques semaines. Dans la lignée des propos de Stanislas Polu, le cofondateur de Dust, qui nous confiait que 70 % de leur code était écrit désormais par des agents.
Claude Code : d’un simple “petit hack” à un produit révolutionnaire au design contre-intuitif
Un impact colossal pour un produit… construit en quelques mois seulement. Son créateur et responsable, Boris Cherny, rejoint Anthropic en septembre 2024, après 7 ans chez Meta. Plus particulièrement l’Anthropic Labs, qui est également à l’origine des MCP ou de l’app desktop de Claude.
Boris passe son 1er mois à développer une série de prototypes, juste afin de comprendre les limites et le fonctionnement des LLM.
En connectant l’un d’eux à AppleScript, j’ai été surpris de voir qu’il avait réussi à écrire du code pour me dire quelle musique j’étais en train d’écouter, si je lui en faisait la demande. Je ne lui avais pourtant pas dit d’utiliser l’outil pour cela, il l’a compris spontanément afin de répondre à ma question”, s’étonne-t-il.
Il fait un post en interne sur le sujet. Résultat : 2 likes !
Quand on évoque un outil de code, on pense avant tout à un IDE (environnement de développement). Pas à un terminal. C’était une façon bizarre de le designer. Il n’y avait pourtant rien de stratégique dans cette décision : c’était juste la façon la plus simple pour moi de le construire, comme j’étais seul dessus les premiers mois”, poursuit Boris.
Finalement, l’équipe décide de rester sur cette interface pour une raison simple : les modèles évoluent tellement vite qu’il n’y a pas de meilleure façon de suivre le rythme. Un IDE aurait nécessité de construire une interface sophistiquée qui risquait d'être dépassée quelques mois plus tard par les nouvelles capacités du modèle.
Honnêtement, je n’avais pas eu d’autres idées que ce terminal en fin de compte…”, affirme-t-il.
Dans une interview à The Pragmatic Engineer, Boris Cherny évoque la notion de “product overhang” en IA. C’est-à-dire la “surcapacité” d’un produit : le modèle en l’occurrence pouvait se servir spontanément d’un outil pour écrire du code. Mais aucun produit n’avait été conçu pour exploiter cette capacité !
Après le bide de la première évocation en interne, Claude Code commence à se répandre massivement auprès des collègues de Boris. En novembre, soit deux mois après le premier prototype, une première version est lancée en dogfooding (expérimentation interne). Un énorme succès au sein de l’équipe d’ingés : 20 % d’usage au 1er jour. 50 % au bout d’une semaine !
Claude Code : un avantage compétitif pour Anthropic… ou un produit public ?
À tel point qu’un débat surgit pour savoir s’il faut garder Claude Code en interne et en faire une partie de la sauce secrète de l’entreprise… ou le lancer en externe.
Une deuxième option qui sera privilégiée. Claude Code sortira en février 2025… sans forcément faire au carton dès son démarrage. “Il faut du temps afin que tout le monde comprenne vraiment ce que c’est. C’était tellement différent”, avance avec du recul Boris.
Depuis, Claude Code est disponible sur les apps Claude d’Android, iOs et desktop mais aussi en tant qu’extensions d’IDE dans Slack ou Github, des environnements plus familiers pour les dev. Avec le succès que l’on connaît. Comme toujours, la distribution reste clé.
En mai dernier, lors de notre première conférence pour développeurs, j’ai donné une brève présentation. Et lors de la séance de questions-réponses qui a suivi, on m’a demandé quelles étaient mes prédictions. J’ai répondu : « D’ici la fin de l’année, vous n’aurez peut-être plus besoin d’un IDE pour coder. » Je me souviens que la salle a poussé un cri de surprise. Cela paraissait tellement fou”, conclut-il.
Et pourtant…
| 💡La leçon à retenir : “Il n’y a pas de roadmap pour l’innovation” “Vous ne pouvez pas forcer l’innovation. Il faut juste laisser l’espace à vos équipes pour qu’elles puissent jouer. Et accepter que 80 % des idées qui vont en ressortir seront mauvaises. Je pense que le bon terme est accorder de la “sécurité psychologique”. Au début, je n’avais pas la moindre idée si ce que je faisais allait être utile. D’ailleurs, quand on s’est lancé en février, j’utilisais encore beaucoup Cursor. Claude Code n’écrivait que 20 % de mon code. Je n’ai atteint le seuil des 100% qu’en novembre dernier. Cela a pris du temps, des weekends et des soirées pour y arriver !” |
2- À quoi va ressembler le métier de développeur demain ?
La question du code est résolue”, lance Boris.
Pas étonnant quand on voit sa pratique personnelle.
Le natif d’Odessa, en Ukraine (comme Lenny Rachitsky !), était déjà l’un des développeurs les plus productifs chez Instagram. Aujourd’hui, il fait entre 10 et 30 pull requests par jour (!), tout en étant responsable de son équipe et… sans avoir écrit la moindre ligne de code depuis novembre !
“Je vérifie quand même ce qui est fait, avec l’aide d’un agent de code review”, précise-t-il.
Son quotidien ? ll se réveille et commence par vérifier ce que ses agents ont fait dans la nuit. Puis, il ouvre l’app Claude sur son téléphone et, vocalement, en lance de nouveaux.
Au moment où l’on se parle, j’ai 5 agents qui tournent en parallèle, illustre-t-il. Moins d’un tiers de mon code aujourd’hui est sur mon terminal, depuis mon ordinateur. Le reste est sur mes apps mobile et l’application Desktop. Je ne pensais pas qu’on en arriverait là en 2026”.
Un fonctionnement qui ne le rend pas nostalgique. "La programmation n’est pas une fin en soi, c’est juste un moyen pour construire des produits. Je dis ça alors que moi aussi il m’est arrivé de tomber dans le piège de vouloir à tout prix faire du beau code”, insiste-t-il.
Un cas loin d’être isolé chez Anthropic, dont l’équipe technique a quadruplé sur l’année écoulée.
Si l’on regarde le nombre de pull requests, la productivité par ingénieur a augmenté de 200 % sur la période ! C’est dingue : quand j’étais chez Meta, on était content quand on augmentait la productivité de quelques points de pourcentage”, ajoute Boris.
Développer des usages hors du code
Claude Code n’est toutefois que le 1er étage de la fusée. Voici la trajectoire globale que visent les outils d’Anthropic:
- Apprendre à coder (≃ Claude Code)
- Puis apprend à utiliser des outils (≃ MCP)
- Puis apprend à utiliser un ordinateur (≃ Claude Cowork)
Boris Cherny voit ainsi 2 perspectives pour Claude :
1) Générer des idées (lecture de rapports de bugs et proposition de corrections)
2) Sortir du code
J’utilise Claude Cowork aujourd’hui pour pleins de tâches non techniques. J’ai payé mon amende de stationnement avec l’autre jour. Je gère aussi toute la gestion de projet de mon équipe. Il se synchronise avec mes documents et envoie directement des messages sur Slack ou des mails”, illustre-t-il.
3- La difficulté de devoir changer en permanence son mode de fonctionnement
“Les modèles changent si souvent que, parfois, on reste bloqué dans notre ancienne manière de réfléchir”, constate Boris Cherny dans cet autre passage instructif.
Celui qui a quitté Anthropic pour rejoindre Cursor l'hiver dernier… avant de revenir 2 semaines plus tard (“pour retrouver la mission autour de la sécurité”) donne un exemple vécu il y a quelques mois.
Il arrive que le systéme de mémoire de Claude Code plante par moment en cas d’usage trop intensif. Un problème que chaque ingé a déjà résolu des centaines de fois.
Boris commence alors à faire le diagnostic à la main, comme il en a l’habitude. En parallèle, un nouvel ingénieur de l’équipe demande tout simplement à Claude de trouver d’où vient le problème. Et l’IA exécute les mêmes tâches que Boris… mais trouve le bug beaucoup plus rapidement !
On doit toujours se projeter dans l’état actuel des choses et ne pas rester dans notre fonctionnement avec les anciens modèles”, résume-t-il.
Un esprit est comme un parachute, il ne fonctionne qu'une fois ouvert.
4- Le secret de la vélocité selon Boris Cherny : Sous-doter légèrement les équipes mais leur offrir des tokens illimités au début
L’un des principes internes d’Anthropic : "What's better than doing something? Having Claude do it."
Dans cette même veine, Boris Cherny dévoile 2 conseils managériaux pour gagner en vélocité :
1) Légèrement sous-doter en ressource une équipe… afin qu’elle soit forcée de se “Claude-ifier” (= essayer de trouver une façon de se servir de Claude pour compenser ce manque structurel)
Et son corollaire :
2) Au début, ne pas essayer d’optimiser les coûts. Au contraire, il faut leur donner autant de tokens que possible. Pour lui, cela permet d'essayer des idées qui auraient été “trop folles" autrement.
Une recommandation qui fait réagir beaucoup d’internautes dans les commentaires Youtube ou Linkedin. Facile à dire quand on s’appelle Anthropic et qu’on vend ces tokens !
Ce que ne manque pas de lui rappeler Lenny.
Les coûts s’envolent en effet quand on veut scaler et c’est à ce moment qu’il faut optimiser, répond Boris. Mon point est juste de dire qu’il ne faut pas le faire trop tôt pour ne pas brider la créativité”.
5- Apprendre à coder ? “Dans un an ou deux, cela n’aura plus vraiment d’importance”
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