Elle s’est mouillée le maillot… mais cela n’a pas suffi. L’équipe derrière la Conf qui tue le game, l’événement tech français le plus WTF de 2023, travaille depuis plus de 2 ans sur un nouveau concept : la Conf qui mouille le maillot. Le principe ? Un aller-retour en train entre Paris et la Méditerranée avec des conférences pendant le trajet. Un projet qui ne prendra finalement pas le départ. Michael Baeyens (dit “Mitch”) et Axel Johnson, deux de ses cofondateurs, expliquent pourquoi.

⌛ 5 min de lecture dans le grand bain 

Début avril, vous avez officialisé l’arrêt de votre projet de Conf qui mouille le maillot. Pourquoi ?

Axel : On avait l’ambition de réunir 200 000 € pour réaliser cet événement. Un budget qui comprenait la mise à disposition du train, le traiteur, les activités, les assurances, la sécurité sur les quais etc. Avec un parti pris fort : on voulait qu’il soit gratuit pour les participants, afin que n’importe qui puisse y participer.

On a finalement réussi à rassembler 135 000 € auprès de 20 partenaires, ce qui est déjà un beau montant, mais malheureusement insuffisant.

Mitch : Une des valeurs profondes du projet, c’est le rêve. On voulait faire un truc fou, quitte à ne rien faire. C’est beaucoup plus intéressant d’accepter de ne pas gagner le combat plutôt que d’essayer d’aller faire une soirée dans une piscine à Paris ou de partir en bus (rire).

À quel moment s’est prise la décision ?

Axel : Cette conférence aurait dû avoir lieu l’été dernier. Mais en voyant que cela allait être difficile de recueillir suffisamment de fonds à l’hiver précédent, on a décidé de se donner une année supplémentaire afin que les partenaires puissent l’inscrire à leur budget de 2026.

On avait une échéance précise qui était la réservation du train avec le versement des fonds six mois avant l’événement. Ce qui veut dire qu’il fallait déjà commencer à recueillir l’argent deux mois auparavant de notre côté, le temps que cela passe à travers les services comptables des partenaires. 

Pour un événement en septembre, ce délai incompressible d’environ 8 mois nous amène à début mars. Et c’est à ce moment qu’on s’est dit no go.

Mitch : Sachant qu’on a vraiment fait le tour de la communauté et que tout le monde a fait des efforts pour faire en sorte que ce projet prenne vie. Mais le contexte n’a pas aidé : l’arrivée de l’IA challenge complètement les organisations qui décident d’y consacrer une plus grande part de leur budget.

Vous n’aviez pas envie de faire une 2e édition de la Conf qui tue le Game ?

Mitch : Ce concept est vraiment parti d’une blague dans le contexte particulier de la sortie du Covid, où les gens n’étaient pas encore prêts à se rassembler. Mais on voulait essayer de porter l’étendard plus haut et de repousser les limites. On cherchait vraiment quelque chose de transformatif à travers ce voyage étrange, un peu à l’image d’une sortie scolaire.

Conf-tue-game
Aperçu de la Conf qui tue le game

Axel : On s’est remis à réfléchir à un nouveau format très rapidement après la Conf qui tue le Game et les excellents retours reçus. Ce concept de Conf qui mouille le maillot nous plaisait bien parce que c’était justement un contre-pied à ce 1er événement purement virtuel. On partait à l’opposé avec un lien humain très fort, limite sans ordinateur. 

Sachant qu’on ne souhaitait pas créer une n-ième conf dans le paysage. Si on faisait quelque chose, il fallait que ça soit surprenant.

Mitch : Pour bien comprendre, on était parti sur un concept de wagons “pochette surprise”. Comme il était impossible de faire déplacer tout le monde dans le train, sauf à s’arrêter sur des quais mais c’était hyper dangereux, c’est l’éditorial et les speakers qui seraient venus à toi. Un peu comme quand un contrôleur arrive. Cette proximité différente aurait permis de raconter des choses beaucoup plus personnelles et de ne pas cantonner les participants à des thématiques choisies au préalable.

Et pourquoi ne pas rendre la conférence payante pour couvrir les frais ?

Mitch : Déjà, ça ne collait pas avec nos valeurs. Mais, surtout, il fallait laisser une bonne partie des 500 places de départ aux partenaires. Ce qui veut dire que les billets restants auraient coûté très cher.

Quelles leçons retenez-vous de ce projet malgré tout ?

Mitch : On s’était dit, d’entrée de jeu, si on n’y arrive pas, au pire, on se sera mouillé le maillot ! On a vraiment pris au mot ce principe jusqu’au bout, avec des bandes-annonces un peu folles qui ont suscité un bel engouement auprès de la communauté.

On voulait tester une ambition, assumer le risque mais aussi décider sans abandonner nos valeurs profondes ni nous acharner à tout prix. C’est une première leçon à retenir : il ne faut pas compenser un signal faible par de l’énergie ou de l’ego. Il faut bien dissocier une bonne idée et une bonne fenêtre de marché.

Peut-être que si on s’y était pris plus tôt l’année dernière, ça aurait pu le faire. Mais cette année, on voit que c’est plus compliqué financièrement. Il faut être lucide : ce n’est pas parce qu’on a dépensé beaucoup d’énergie jusque là et qu’on a embarqué une communauté qu’il fallait absolument continuer. Pour faire un parallèle avec le monde du produit, il faut savoir débrancher une fonctionnalité. Ne pas faire un produit juste pour faire un produit.

Axel : Il s’agit vraiment du point principal : ce n’est pas parce que tu as mis un temps fou à préparer une fonctionnalité que tu dois forcément la mettre live. Il faut savoir dire non en cours de route.

L’autre élément important, c’est de savoir préserver ses valeurs. On a évidemment eu cette discussion jusqu’à récemment encore du maintien de la gratuité. Au-delà du fait que l’apport n’aurait finalement pas été si important, comme Mitch l’a expliqué, on voulait rester fidèle à notre ADN et ne pas faire un pivot qui aurait dénaturé la proposition de valeur. À savoir passer à un modèle payant élitiste.

Quelle est la suite ? Allez-vous explorer d’autres concepts ?

Mitch : Déjà, comme des personnes nous l’ont demandé, on a l’idée de proposer d’acheter les goodies qui auraient été distribués durant l’événement. Afin de le faire vivre malgré tout. Comme un mythe, quelque chose de dingue qui n’existera pas.

Ce sera aussi l’occasion de remercier toute cette spontanéité collégiale des bénévoles et des partenaires. On vient de sortir d’ailleurs une bande-annonce “clap de fin” avec un générique dans lequel on remercie toutes les personnes qui nous ont soutenu, de celui qui a fait un like à ceux qui étaient prêts à participer financièrement.

On veut que cela reste une belle histoire. Ce n’est pas triste. Le contrat de départ, c’était de se mouiller le maillot. Qu’on y arrive ou non. 

Axel : Après, évidemment, on va se remettre à travailler sur une prochaine édition. Avant de s’arrêter sur la Conf qui mouille le maillot, on avait exploré d’autres concepts, certains très avancés qu’on a finalement abandonnés en cours de route, et d’autres qu’il nous reste à creuser. 

Je ne sais pas si ces versions seront plus simples à mettre en œuvre. Mais ce qui nous anime, c’est aussi de faire des choses qui ne sont pas forcément faciles. Sinon il n’y aurait aucun effet de surprise.

Mitch : Accepter de se dire que l’on peut échouer -et que ce n’est pas grave- permet d’aller à fond dans la créativité !

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