LPC est mort, vive… Augmented ! Nouveau nom, nouveau format, nouveau lieu : l’emblématique conférence produit française se réinvente complètement, après une 10e édition mitigée en mai dernier. Signe d’un bouleversement profond de la fonction produit depuis l’essor de l’IA. Explications sans langue de bois d’Hugo Geissmann, le président et cofondateur de Thiga, le cabinet derrière La Product Conf.

⌛ 5 min de lecture pour dire 👋 LPC


Salut Hugo. La Product Conf, c’est donc fini ?

Hugo Geissmann : Oui, on arrête LPC ! Plus précisément, on va la transformer. Lors de la création de La Product Conf en 2016, l’objectif était de rassembler des personnes qui se sentaient extrêmement seules dans leur boîte. Il fallait créer un lieu d’échange et de réassurance. Un lieu où l’on pouvait se rendre compte que le produit était un vrai métier.

En 10 ans, la maturité a radicalement évolué. Même si elle n’est pas toujours bien exécutée, la culture produit s’est depuis largement diffusée. On considère de ce point de vue que LPC a fait le job et bien fait le job. La 10e édition cette année était plutôt sympathique dans la célébration mais a montré ses limites en termes de contenu.

Comment l’expliques-tu ?

Hugo Geissmann : On ne s’est pourtant pas relâché cette année. On était tous toujours aussi impliqués et on s’est battu pour sélectionner de super speakers. Mais force est de constater que, même nous, n’avons pas été transportés. Le côté humain et “point de RDV de la communauté” était toujours aussi cool. Mais côté contenu, cela n’était pas satisfaisant.

Hugo Geissmann lors de la 10e édition de La Product Conf

Et d’un point de vue commercial ?

Hugo Geissmann : Économiquement, c’était une super année, autant en termes de sponsors que de vente de billets. Mais, ce n’est clairement pas cela mon objectif principal, d’autant que si on retire le coût de l’équipe Thiga réquisitionnée, on ne peut pas dire que l’on gagne beaucoup de sous au final.

Non, vraiment, je pense que le constat, c’est qu’on est arrivé à une fin de cycle. D’autant qu’on arrive à l’aube d’un changement absolument majeur et que la manière de l’adresser avec LPC n’est plus appropriée.

C’est-à-dire ?

Hugo Geissmann : Il faut parler à une population plus large. Les personnes qui construisent le produit aujourd’hui ne sont plus uniquement les Product Managers. On arrive à une espèce d’hybride, autant d’un point de vue exec’ qu’au niveau “practitioner”. Tout est pour le moment assez flou et incertain.

Et c’est justement cette incertitude qu’on a envie d’adresser désormais. Pendant 10 ans, LPC a joué un rôle de guide pour normer une pratique, dont les recettes venaient des Américains et qu’on adaptait à notre sauce en Europe.

Là, le but, c’est de défricher et de comprendre ensemble. On ne va pas chercher à convaincre que l’IA va changer les choses. On n’est pas là non plus pour accompagner la transformation des late adopters ou pour rassurer. Car franchement, on ne sait pas comment cela va se passer. Mais plutôt pour générer des discussions avec des personnes qui ont compris que le métier ne sera plus jamais pareil.

Par quoi va donc être remplacée La Product Conf ?

Hugo Geissmann : On crée une communauté qui s’appelle Augmented. Cela comprend un ensemble de meet-ups, de dîners, de canaux WhatsApp et, en point d’orgue, la conférence Augmented, en mai.

Avec quel format ?

Hugo Geissmann : Il sera résolument différent de ce qui était proposé à La Product Conf. On va garder quelques talks inspirationnels en ouverture et en clôture et des tables rondes dans un cadre plus intimiste. Mais il y aura surtout des workshops.

Notre parti pris, c’est de dire que cette transformation doit se vivre en mettant les mains dedans, que tu sois exec’ ou contributeur individuel. Tu ne peux pas être un ou une dirigeante de haut niveau et avoir la prétention de guider ton organisation sur le chemin de l’IA sans l’utiliser toi-même à un moment ou un autre.

Comme je le disais, l’audience va aussi un peu évoluer par rapport à LPC qui ciblait purement les Product Managers. Là, on va s’adresser à toutes les personnes qui veulent faire du produit, des ingés aux designers. Toujours dans une finalité de business grâce à la tech.

La Product Conf avait généralement lieu dans de grands théâtres parisiens, comme les Folies Bergère. Est-ce que ce sera toujours le cas ?

Hugo Geissmann : Non. On est en train de regarder d’autres types d’endroits (NDLR : selon le site Augmented, il s’agit de Ground Control). Il y a quand même un élément que l’on veut conserver de LPC, c’est l’âme. Avoir un lieu chaleureux où les gens prennent du plaisir à se retrouver.

On pense aussi réduire un peu la jauge. On montait jusqu’à 1 000 personnes lors de LPC. Là, on sera plutôt autour des 600.

Les startups et les grands groupes ont souvent des enjeux bien différents en matière d’IA. Allez-vous choisir un prisme particulier avec Augmented ?

Hugo Geissmann : Pas vraiment. Mon constat de marché, c’est qu’il s’agit moins d’une question de taille de société que de poches de personnes. On souhaite s’adresser à celles et ceux qui sont les plus avancés dans leur domaine, peu importe s’ils viennent d’un grand groupe, d’une scale-up ou d’une startup.

Sachant qu’il ne s’agira pas non plus d’une conférence de solopreneur. On ne va pas montrer comment un Product Builder peut passer sa startup de 0 à 1. Ce qui va nous intéresser, c’est la logique de l’IA à l’échelle.

Est-ce que cette volonté de changement vient également d’une inspiration d’autres confs auxquelles tu aurais assisté ?

Hugo Geissmann : Non. Elle n’est pas née d’une autre inspiration mais du marché. De ce que l’on voit tous les jours chez nos clients et les gens avec qui on discute.

En isolant le produit et les Product Managers avec LPC, on avait le sentiment de passer à côté de ce qui était en train de se passer.

On a vu que le Product Management Festival, la grande conférence suisse que vous aviez rachetée, faisait également sa mue. En rayant notamment le mot “Management” dans son logo. Ce changement est-il lié ?

Hugo Geissmann : Nous ne sommes plus aux manettes du Product Management Festival. Thiga s’est 100% recentré sur ses activités françaises. On a vendu nos filiales en Espagne et en Suisse, y compris la conférence à Zurich donc.

C’est une nouvelle équipe qui s’en occupe. Leur choix d’enlever le mot management est en effet intéressant et montre que l’on suit la même trajectoire. On est quand même à l’aube d’une grosse révolution de nos métiers et les conférences doivent suivre cette tendance.

Page d'accueil du Product Management Festival : le mot Management est barré, date du 27 novembre 2026 à Zürich et slogan Product people. Builders energy.
Gros changement aussi du côté du Product Management Festival

D’un point de vue personnel, est-ce qu’il a été difficile d’abandonner une marque aussi emblématique, car pionnière, comme LPC ?

Hugo Geissmann : C’est évident qu’il s’agit d’une prise de risque. Mais elle est à la hauteur de la transformation que l’on est en train de vivre.

Pour moi, il ne s’agit pas d’un constat d’échec mais, au contraire, de succès. On a bouclé un merveilleux cycle de 10 ans. La marque LPC a très bien vécu et a été avant-gardiste pendant des années.

Mais les marques, il faut savoir les réinventer. N’oublions pas le côté fun de l’exercice. Il y a un vrai plaisir intellectuel à tenter autre chose et à renverser la table.


Découvre tous nos résumés de La Product Conf (pour la postérité) :

La-Product-Conf-2026-Thiga
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