Shape Up, qu’est-ce que c’est et comment ça marche ? Voici le résumé du livre qui explique la méthode de conception produit iconoclaste élaborée par Ryan Singer (Basecamp). Notion d’appétit, cycle de 6 semaines, Cool Down, Betting table, absence de Backlog… On t’explique toute la théorie dans cet article. Et on t’invite ensuite à passer à la pratique avec les mises en application concrètes de AlanTheForkLuccaMemo Bank ou Sencrop.

⌛ 8 minutes de lecture appétissantes

 ✉️ Article issu du Ticket n°22


Les principes clés que tu vas apprendre dans cette fiche de lecture du livre Shape Up :

1- Des cycles de 6 semaines

2- Un cool-down de 2 semaines

3- Une approche en termes d’appétit (et non d’estimation)

4- Un déroulé en 3 temps : Shaping – Betting – Building

5- Les Hill Charts

6- Le Dual Track

7- Comment l’écosystème l’applique concrètement


Shape Up, c’est quoi ?

Shape Up, c’est le nom de la méthode de travail pour améliorer en continu son produit créée sur-mesure par Basecamp, une société basée à Chicago qui édite un logiciel de gestion de projets, en réponse aux difficultés qu’elle rencontrait avec la méthodologie agile.

Une boîte qui s’est bâtie une image trop cool avec ses pratiques iconoclastes au travail (résumées notamment dans le bestseller Rework). Mais dont un tiers de ses salariés se sont barrés en mai 2021 à la suite de… décisions managériales pour le moins hasardeuses ! Oui, un comble (plus de détails ici et ).  

Shape Up a été théorisé dans un bouquin (disponible ici gratuitement) publié en 2019 par Ryan Singer, responsable de la stratégie de Basecamp.

Les principes clés de Shape Up

Des cycles de 6 semaines

Oubliez les sprints de 2 semaines. Dans Shape Up, on passe aux cycles de 6 semaines. Un temps suffisamment long pour concevoir et sortir des projets significatifs de A à Z. Les équipes, elles, sont libres de s’organiser comme elles le souhaitent durant ces 6 semaines.

Par contre, 6 semaines et pas une de plus ! Théoriquement, si le projet n’est pas fini à temps, il est abandonné (principe du circuit breaker / disjoncteur). Ce qui évite les effets tunnel (= les projets qui dépassent indéfiniment leur échéance).

Une phrase à retenir : “Good is relative. Without a time limit, there’s always a better version”. D’où le sous-titre de Shape Up :

“Arrêtez de tourner en rond et concevez des choses qui ont du sens”.

Un cool-down de 2 semaines entre deux cycles

Cette période tampon permet aux équipes de souffler, comme son nom l’indique, mais aussi de se projeter sur le prochain cycle et, théoriquement, de travailler sur ce qu’elles souhaitent (résolution de bugs, se former, tester de nouvelles possibilités tech etc.)

Une approche en termes d’appétit et non d’estimation

C’est un des concepts les plus importants et les plus complexes du bouquin. L’évaluation des projets envisagés ne se fait pas sur la base d’une estimation de leur durée (combien de temps cela va prendre ?), mais plutôt de “l’appétit” qu’on a à les mener (combien de temps on a envie d’y consacrer ?).

Une contrainte créative qui impose de prendre des décisions tranchées. La variable d’ajustement d’un projet n’est plus le temps (il est fixe = 6 semaines) mais son périmètre.

L’auteur donne l’exemple de la rédaction du livre en question : dans le temps imparti, il avait le choix entre relire l’ouvrage ou ajouter un nouveau chapitre. Le premier étant une nécessité, il s’est contenté du nombre de chapitres déjà existants.

Un déroulé en 3 temps : Shaping – Betting – Building

1) Shaping (6 semaines)

Dans cette phase, une petite équipe va “façonner”/”défricher” une idée brute. Ce n’est ni de la recherche exploratoire ni de la rédaction de spécifications mais plutôt le cadrage d’une solution produit envisagée pour répondre à un problème défini.

Définition de Shaping de Shape Up

Le shaping se conclut par la rédaction de pitchs qui doivent contenir 5 éléments :

1– Le problème que l’on on veut répondre

2– L’appétit, le temps que l’on souhaite y consacrer en semaines (sachant qu’on peut mener un ou plusieurs projets pendant les 6 semaines. Principe des small ou big batch)

3– La solution (du moins, les éléments clés)

4– Les pièges qui pourraient survenir

5– Les no-gos. Ce que l’on ne veut pas faire.

Voici à quoi ces pitchs ressemblent concrètement chez Basecamp ici ou .

2) Betting (1h à 2h)

Durant le cool-down, quelques personnes (CEO, CTO et Product strategist chez Basecamp) se réunissent pendant une grosse heure pour décider de ce qui va être conçu et par qui (la répartition des équipes étant fluctuante) dans le prochain cycle, en fonction des pitchs reçus. C’est la betting table.

Autrement dit, pas de backlog à ordonner et à maintenir dans Shape Up : toutes les 6 semaines, un nombre limité de pitchs sur lesquels “miser” et “investir” ses semaines. « Bets, not backlogs ». Si un pitch était bon mais n’a pas été choisi… il peut toutefois être proposé à une nouvelle Betting Table.

“Really important ideas will come back to you.”

3) Building (6 semaines)

Le passage à l’action, notamment pour les dev’ et designers (équipe de 2 à 4 personnes) à qui on confie un projet à réaliser et non des tâches (“Done means deployed”).

Basecamp introduit ici le concept du graphique de la colline (Hill charts) pour visualiser et partager l’état d’avancement durant les 6 semaines.

Gravir la colline (inconnu) puis la redescendre (connu) – Source : Chapitre 13 de Shape-Up

Au début, on monte la colline : on est un peu dans la brouillard sur ce qu’on doit faire. Puis, rendu en haut, on voit le chemin qu’il nous reste à dérouler pour arriver en bas.

L’auteur prend l’exemple d’un dîner à organiser. Au début, on cherche ce qu’on va faire à manger. Incertitude. Et quand on le sait (haut de la colline), on déroule les tâches à faire (liste des courses, préparation des ingrédients etc.)

Dual track

Tu te dis, Shaping et Building durent 6 semaines, ça colle pas… Et bien si car ces deux phases fonctionnent en “dual track”. C’est-à-dire qu’on a en parallèle des gens qui “shapent” les projets du cycle suivant et des équipes qui “build” ce qui a été “shapé” précédemment.

Shape Up : un contexte d’application particulier chez Basecamp

Rappelons enfin que Basecamp est :

  • une boîte d’une cinquantaine de personnes (enfin, avant le grand exode…)
  • Et très orientée design et dev’

Ça ne remet pas en cause la pertinence de la méthode mais c’est à avoir à l’esprit.

Shape Up résumé en un schéma :


Pour aller plus loin sur Shape Up :

Maintenant qu’on a vu la théorie, on t’invite à voir comment certaines boîtes l’ont mis en pratique. Concrètement. En l’appliquant plus ou moins à la lettre, avec plus ou moins de difficultés…