Dylan Field, le cofondateur et CEO de Figma Ă©tait l’invitĂ© du podcasteur produit Lenny Rachitsky le 16 octobre dernier. Une intervention trĂšs Ă©clairante de la part de cette personnalitĂ© qui dĂ©tonne dans la Silicon Valley, autant par son humilitĂ© que par son intuition parfois contre-intuitive. SynthĂšse en 10 moments forts.

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TL;DR - Les 10 enseignements clés des interviews de Dylan Field, le cofondateur de Figma

1- AprĂšs l’échec du rachat de Figma par Adobe : l’initiative radicale pour remobiliser les Ă©quipes

2- Le fun comme diffĂ©renciateur : l’approche contre-intuitive au lancement de FigJam

3- Sa façon de progresser en tant que leader : “Le mentorat n’est jamais à sens unique”

4- Le marché total adressable (TAM) ne doit pas toujours dicter sa stratégie

5 -L’équipe “Blockers” de Figma : “Il est parfois plus efficace d’enlever des obstacles plutĂŽt que de crĂ©er de nouvelles fonctionnalitĂ©s”

6- Le (bon) goĂ»t n’est pas qu’une question d’innĂ©, cela se cultive

7- La vision du Product Management de Dylan Field : “CrĂ©er un excellent cadre pour amener toute l’équipe dans une mĂȘme direction”

8 - “Avec l’IA, la qualitĂ© du design devient un avantage concurrentiel clĂ©â€

9- “L’intuition doit ĂȘtre vue comme un gĂ©nĂ©rateur d’hypothĂšses"

10- bonus ;)


1- Échec du rachat de Figma par Adobe : l’initiative radicale pour remobiliser les Ă©quipes

20 Mds $. C’est le montant -record pour un logiciel non cotĂ© en Bourse- du rachat de Figma par Adobe, l’éditeur de Photoshop
 avant que le deal ne capote, fin dĂ©cembre 2023. Craignant une restriction de la concurrence, l’autoritĂ© britannique de la concurrence, suivie par la Commission europĂ©enne, ont en effet retoquĂ© l’opĂ©ration, mettant ainsi fin Ă  ce processus de rapprochement de plus d’un an.

Une douche froide pour beaucoup des 1 000 employé·es qui auraient pu devenir (multi) millionaires du jour au lendemain, surtout Ă  la veille de NoĂ«l. “Quasiment tout le monde venaient de partir en vacances. On les a tous reconvoquĂ© le lundi, pour leur expliquer ce qui venait de se passer et ce que l’on prĂ©voyait dĂ©sormais”, se rĂ©mĂ©more Dylan.

Et, au retour de congĂ©s, ce dernier leur fait une annonce dĂ©tonante, intitulĂ©e “programme Detach” - un jeu de mot en rĂ©fĂ©rence Ă  la fonctionnalitĂ© pour dĂ©grouper des composants sur Figma. Le principe : tout le monde peut librement partir de Figma avec 3 mois de salaire en guise d’indemnitĂ© de dĂ©part ! Un principe qui rappelle celui de l’entreprise amĂ©ricaine Zappos.

Il ne s’agissait pas forcĂ©ment d’un au revoir. Nous resterions en bon terme et ils pouvaient postuler Ă  nouveau 6 mois plus tard”, prĂ©cise-t-il.

Une façon de passer le message suivant : “Vous ĂȘtes peut-ĂȘtre venus en pensant rejoindre Adobe et, finalement, vous ĂȘtes toujours dans une startup qui bosse dur. Ou peut-ĂȘtre qu'aprĂšs un long moment Ă  travailler chez Figma, vous ĂȘtes fatiguĂ©. Et c'est OK”.

RĂ©sultat ? À peine 4 % de l’entreprise accepte l’offre.

Il a d’ailleurs Ă©tĂ© intĂ©ressant de constater que beaucoup ont fini par changer de carriĂšre. C’était un moment de rĂ©initialisation non seulement pour l’entreprise mais aussi pour certaines personnes dans leur vie”, confie Dylan.

Le reste des troupes envoyait indirectement le message : je reste et je me projette dans la suite de l’aventure. Qui s’est traduit par une entrĂ©e en Bourse en aoĂ»t dernier
 Ă  une valorisation de 56 Mds $ ! Bon calcul.

2- Le fun comme diffĂ©renciateur : l’approche contre-intuitive au lancement de FigJam

Une simple anecdote en dit parfois beaucoup sur une personnalitĂ© et une culture d’entreprise. C’est le cas pour la crĂ©ation de FigJam, l’outil de tableau blanc collaboratif, lancĂ© en avril 2021. Une des dĂ©cisions les plus controversĂ©es prises par Dylan Ă  l’époque.

Ce dernier avait remarquĂ© que beaucoup d’utilisateurs utilisaient Figma comme un moyen de mener des brainstorming en ligne. “Il faut vraiment qu’on crĂ©e un produit plus simple pour ce cas d’usage” ne cessait-il de rĂ©pĂ©ter aux Ă©quipes. 

Qui se montraient sceptiques : “Mais pourquoi maintenant alors que nous avons encore une grosse marge de progression sur Figma ? Pourquoi est-ce critique pour l’entreprise ? Est-ce vraiment ça le 2e produit qu’on doit lancer un prio ?”

C’était de l’intuition bien plus que de la raison”, confie Dylan.

Puis le Covid surgit. Faisant exploser ce besoin de brainstorming collaboratif Ă  distance. L’équipe construit alors FigJam en prĂšs de 6 mois. Mais l’anecdote n’est pas finie.

“Un mois avant son lancement lors de Config, notre Ă©vĂ©nement annuel, on avait construit un truc mais on sentait qu’il manquait quelque chose. L’ñme n’était pas là”, se rappelle Dylan.

En un mot, ce produit est chiant.

J’ai alors fait une rĂ©union avec l’équipe et le board, afin d’apporter de la clartĂ© sur ce qu’il fallait faire dans le dĂ©lai qu’il nous restait. Ce qu’il en est ressorti ? Qu’il fallait se diffĂ©rencier en rendant FigJam fun !”, poursuit-il.

LĂ  encore, l’équipe tombe des nues. “Quoi, le fun sera notre diffĂ©renciateur ?” (sous-entendu : et non pas les fonctionnalitĂ©s). “Avec du recul, c’est exactement ce qu’il fallait faire”, assure Dylan.

Plus de 20 idĂ©es sortent alors d’un design sprint pour explorer diffĂ©rentes possibilitĂ©s, dont le dĂ©sormais cĂ©lĂšbre tchat dans le curseur.

Cela montre Ă  quel point on peut aller vite quand on a dĂ©fini le bon objectif en amont”, rĂ©sume Dylan. 

Qui nuance toutefois cette composante de delight dans le produit : “FigJam est un excellent outil pour mettre l’accent sur le fun et le jeu. Quand vous faites un brainstorm, vous essayez en effet de libĂ©rer la parole et les idĂ©es crĂ©atives. Mais cette expĂ©rience cool peut se traduire par de la distraction et de la gĂȘne si on le transpose dans Figma. Le contexte compte”.

💡Si le sujet du delight dans le produit t'intĂ©resse, dĂ©couvre la fiche de lecture de 📘 Product Delight et l'interview de son autrice, Nesrine Changuel, dans Le Ticket.

3- Sa façon de progresser en tant que leader : “Le mentorat n’est jamais à sens unique”

On peut s’auto-proclamer CEO sans n’avoir jamais managĂ© une seule personne auparavant”, lance Dylan qui n’a créé Figma qu’aprĂšs quelques stages en entreprise (Bon, Microsoft, Linkedin et Flipboard quand mĂȘme).

Comment faire pour apprendre Ă  gĂ©rer une entreprise qui compte aujourd’hui plus de 1 600 salarié·es (et 13 millions d’utilisateurs actifs) ? Le cofondateur de Figma cite une expression de l’investisseur Ben Horowitz : “Ne recrute pas une personne que tu mentores mais plutĂŽt qui te rendra meilleur”.

“C’est vrai que, Ă  de multiples reprises, j’ai recrutĂ© des personnes qui pensaient que j’étais leur mentor
 et qui, trĂšs vite, m’ont en fait appris beaucoup plus de choses”, indique Dylan, citant par exemple Sho Kuwamoto, le premier Directeur engineering de Figma, devenu VP Product. Mais aussi la Product Manager junior Mihika Kapoor, qui est derriĂšre la conception de Figma Slides.

Au-delĂ  du management, Dylan Field explique qu’en matiĂšre de leadership, ce sont toujours les mĂȘmes leçons qui reviennent. L’apprentissage ne se fait pas de maniĂšre linĂ©aire mais cyclique : tu apprends, tu oublies, tu rĂ©apprends en devenant un peu meilleur.

Les éléments de leadership les plus importants selon lui ?

  • Comment partager le contexte qu’on a en tĂȘte (unpack the context) au reste de l’équipe ?
  • Comment atteindre le plus haut niveau de clartĂ© (autant pour la direction de l’entreprise qu’au sein des Ă©quipes) ?

L’idĂ©e, c’est de s’assurer que tout le monde comprend qu’on avance vers le mĂȘme objectif. Je peux poser beaucoup beaucoup de questions mais c’est toujours dans une optique de comprĂ©hension et de recherche commune de solutions. Afin que tout le monde s’exprime clairement et de maniĂšre directe. C’est essentiel pour moi”, affirme-t-il.

4- Le marché total adressable (TAM) ne doit pas toujours dicter sa stratégie

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