Le résumé de Discovery Discipline, la nouvelle méthode de Discovery des leaders produit et design de BlaBlaCar

C’est ce mercredi 11 mai que paraît un ouvrage voué à devenir une référence en matière de discovery produit : Discovery Discipline (édition Thiga). Une méthode expérimentée chez Paypal et mise en œuvre chez BlaBlaCar, dont voici les grands principes.

Divergence, convergence. Et si le métier de product manager ne se résumait pas, en somme, à l’enchaînement permanent de ces deux actions ? Tel un mouvement de va-et-vient. Ouverture puis restriction du champ des possibles. Discovery, delivery. Problème, solution. Mieux : découverte puis définition d’un problème. Développement puis livraison d’une solution. Comme l’explique la méthode du double diamant.

Cette dualité est au cœur de Discovery Discipline, un nouveau livre produit qui sort ce mercredi 11 mai et qui risque fort bien de faire du bruit dans l’écosystème.

➊ Parce qu’il est écrit en français , ce qui est suffisamment rare pour être souligné quand il s’agit de product management.

➋ Parce que ses auteurs ne sont pas des petits rigolos : Tristan Charvillat et Rémi Guyot ont bossé ensemble chez Paypal pendant plus de 5 ans avant de rejoindre BlaBlaCar, la célèbre plateforme de covoiturage, où ils occupent respectivement les fonctions de VP Product Design et Chief Product Officer.

➌ Parce qu’il traite exclusivement et en profondeur d’un sujet central pour les PM mais, paradoxalement, qui n’est pas si documenté que cela, du moins concernant sa mise en œuvre concrète : la discovery.

(et aussi parce qu’il propose un nouveau framework. Et s’il y a bien une chose dont raffolent les PM, ce sont bien les frameworks. En tout cas si l’on jette un œil sur Linkedin – Comment ça c’est pas la vraie vie ?

Le livre Discovery Discipline

Faire de la discovery une réalité tangible

Petit rappel “Keskecé la discovery ?” pour ne laisser personne sur le bord du chemin : la discovery est la phase dans l’activité des PM qui consiste à découvrir ce que l’on doit construire. Généralement en distinction de la delivery, période durant laquelle on conçoit la solution trouvée.

Le but de la discovery ? Dérisquer ce que l’on va mettre en prod’. C’est-à-dire maximiser les chances d’obtenir l’impact recherché et minimiser le risque de bosser dans le vent.

Le problème ? Comme pour manger 5 fruits et légumes par jour, tout le monde s’accorde à dire que c’est bien… mais beaucoup moins le font vraiment. Prétexte n°1 officiel : j’ai pas le temps. Raison officieuse : je n’ai pas de méthode pour en faire une pratique systémique. Il faut dire qu’aucune ne s’est vraiment imposée jusqu’alors (comparativement du moins à celles qui existent en delivery).

C’est toute la vertu et la puissance de ce livre : donner une vraie consistance structurelle à l’expression “faire de la discovery” (souvent synonyme sinon de “Allez, je vais appeler un utilisateur”). Faire d’un mot une réalité tangible et applicable. Et appliquée. Tristan et Rémi ont en effet mûri et exploré leur méthode chez Paypal avant de l’appliquer concrètement chez BlaBlaCar. Divergence, convergence.

Tristan Charvillat (à gauche) et Rémi Guyot (à droite) – Source

Allez trêve de BlaBla justement Le Ticket, en quoi consiste-t-il ce framework ? 

F.O.C.U.S.E.D !

Réponse courte :

  • A 7 étapes, résumées dans l’acronyme F.O.C.U.S.E.D
  • Et, à chaque étape, une phase d’activités (divergence) pour arriver à un résultat, la clé de la méthode, le livrable (convergence)

Cela paraît lourd comme ça. Mais il faut le voir selon une logique d’accordéon, comme l’expliquent les auteurs dans notre interview ci-après : on peut dérouler les 7 étapes en 1 heure ou en 1 an ! Les activités, contrairement aux livrables, ne sont pas obligatoires. Ce sont des aides à la créativité et à l’exploration… si tu n’es pas sûr à 100% de ton livrable. 

“Au final, ces 7 étapes sont les 7 questions incontournables… que l’on contourne trop souvent”, affirme Tristan Charvillat.

Discovery. Discipline. Divergence. Convergence. Voici l’apport fondamental de cette méthode : réussir à faire de la discovery utile, c’est-à-dire… savoir en sortir ! Pour livrer derrière et atteindre le but du produit : avoir de l’impact.

Morceaux choisis : 

“Une phase de discovery expose à de la confusion, du bruit, à des déclarations contradictoires… Pire, plus on excelle dans l’exploration, plus on accumule des informations qu’il va falloir trier ensuite. […] Pour transformer cet amas d’informations en une solution solide, il va falloir faire des choix et donc accepter de prendre des risques. L’illusion serait de croire que les activités de discovery vont vous dire quel choix faire. […] Prendre des décisions reste l’activité la plus importante et la plus compliquée car il est toujours confortable de diverger (accumuler des possibilités) que de converger (s’engager dans un chemin en particulier, au détriment de tous les autres).”

Passons à la réponse (légèrement) plus longue désormais, en abordant les 7 étapes en question. Volontairement, on ne parlera pas de toutes les activités citées… car il y en a beaucoup trop – une quarantaine de techniques. Ce qui est un autre grand intérêt du livre ! 

1. FRAME

🎯 Objectif : définir l’ambition du projet
🏗️ Livrable : Project Ambition

Toujours commencer un projet par la fin. Classique. C’est-à-dire savoir quel résultat on souhaite atteindre. Le livrable ? Indiquer noir sur blanc l’ambition du projet. Tristan et Rémi le résument en 3 dimensions :

  1. Le critère de succès : l’impact que l’on cherche à atteindre (à savoir un indicateur, son niveau actuel et -surtout- celui auquel on veut parvenir)
  2. Le damage control : le risque que l’on est prêt à prendre (en gros le niveau de dommages collatéraux que l’on accepte)
  3. Le Timebox : le temps que l’on souhaite dédier au projet (pour conditionner l’ambition)

Ce dernier point n’est pas sans rappeler la notion d’appétit, pierre angulaire de la méthodo Shape-Up (cf notre gros dossier sur le sujet) de Basecamp, “une énorme source d’inspiration dans la radicalité”, confirme Rémi Guyot.

2. OBSERVE

🎯 Objectif : Identifier le cas d’usage principal
🏗️ Livrable : First Use Case

Cette étape est cruciale : c’est quoi LE problème utilisateur que tu cherches à résoudre ? Pas LES problèmes.

On ne compte pas le nombre de produits où l’on sent que les PM n’ont pas voulu trancher et se sont donc retrouvés à faire le grand écart. Avec, en conséquence, une solution qui ne répond que partiellement aux problèmes…

L’objectif ici est donc d’être drastique et d’ignorer tous les cas d’usage secondaires. Une idée que les auteurs développent déjà en 2016 dans cette conf’. Une étape qui correspond bien à l’image qu’on a généralement de la discovery, avec des activités d’entrevue utilisateurs ou de mise en situation. Sauf que ce n’est qu’une étape !

3. CLAIM

🎯 Objectif : Imaginer un positionnement narratif
🏗️ Livrable : Launch Tweet

Celle-ci est inattendue. Du moins à ce stade. On n’a pas encore commencé à développer la solution… que déjà il faut écrire comment on va la présenter aux utilisateurs ! “Ce choix va servir de filtre pour les étapes suivantes. C’est plus qu’une solution à un problème que l’on cherche à construire, c’est une promesse qu’il va s’agir de tenir”.

On est clairement ici dans du product marketing (et oui, les product marketers sont impliqués dès la conception de la solution et pas juste pour préparer son lancement, comme recommandé dans le dernier Ticket avec Martina Lauchengco). Une étape qui rappelle évidemment Amazon et son communiqué de presse rédigé avant la conception de n’importe quel produit.

Le livrable étant ici juste un tweet de 280 caractères. Simple. Rapide.

4. UNFOLD

🎯 Objectif : Choisir les moments clés de l’expérience
🏗️ Livrable : 5 touchpoints

Cette étape amène à s’intéresser à l’ensemble des points de contact (produit ou non d’ailleurs) avec l’utilisateur et à définir les 5 plus importants (mails, push notif, homepage, page de confirmation etc.)

5. STEAL

🎯 Objectif : Réutiliser des solutions existantes
🏗️ Livrable : Gold Nuggets

“Celle-là, elle va faire débat”, prévient Tristan Charvillat. Parce qu’on parle de vol. Ce “steal” fait référence à la célèbre phrase de Picasso : “Les bons artistes copient, les grands artistes volent”.

L’idée en effet ici est de ne pas réinventer la roue. Il y a forcément d’autres équipes produit et design dans le monde qui ont été confrontées à des problèmes que vous rencontrez. Peut-être pas sur le même secteur ou auprès des mêmes utilisateurs. Mais en identifiant des pattern communs, vous pourriez sûrement reprendre leurs idées pour votre produit.

De ce travail de benchmark, doit découler un livrable appelé Gold Nuggets (pépites d’or, rien à voir avec McDo). Des bouts de solution déjà inventés par quelqu’un qu’il est possible de réutiliser. Et à appliquer, en priorité, aux 5 touchpoints définis au préalable.

L’illustration concrète de cela dans l’appli de BlaBlaCar est très éclairante:

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6. EXECUTE

🎯 Objectif : Construire une version fonctionnelle
🏗️ Livrable : Happy Path

“Les briques sont là, il faut les assembler”. Rémi et Tristan parlent ici d’un livrable appelé Happy Path qui correspond au prototype du parcours clé de la solution, agrémenté de 3 hypothèses principales qui, si elles sont validées, “permettront d’augmenter votre niveau de confiance dans la solidité de la solution”.

7. DECIDE

🎯 Objectif : Évaluer la qualité de la solution
🏗️ Livrable : Go / No-Go

La méthode se clôture par le petit moment de frisson de la décision : est-ce qu’on envoie en delivery notre solution… ou non ?

Rappelons en effet que la discovery vise à dérisquer. Sous-entendu de se rendre un peu mieux compte si cela vaut le coup/coût de développer telle ou telle solution. Les tests d’utilisabilité sont ici particulièrement pertinents.

Bilan ?

Allez, n’ayons pas peur des mots : on fait le pari que Discovery Discipline va vite devenir une référence dans les formations et les équipes produit. Car le livre définit autant qu’il donne de l’ampleur au concept de discovery.

La discovery, c’est interagir avec les utilisateurs, certes. Mais c’est aussi faire de la stratégie, du design, du product marketing, de la recherche utilisateur, de la veille… En somme, Discovery Discipline donne ses lettres de noblesse à une pratique, la discovery, et, par extension, à un métier, le product management.

La méthode est d’autant plus précieuse qu’elle ne sort pas de nulle part : elle est appliquée et éprouvée dans une boîte, BlaBlaCar, dont le produit ne fait pas partie des plus dégueu de l’écosystème.

D’ailleurs, à chaque étape, Rémi et Tristan illustrent leurs propos avec un projet fil rouge mené selon les préceptes de la méthode : une fonctionnalité pour maximiser le taux de remplissage des conducteurs sur la plateforme de covoiturage. Ce qui se révèle parfois bien utile pour comprendre comment bien effectuer des activités ou concevoir un livrable.

Alors le reproche pourrait justement être de ne pas en avoir dit plus sur l’application concrète au sein de l’orga produit de BlaBlaCar et la répartition des tâches entre les différents métiers. Sans compter la place des développeurs dans le processus. Mais, ceci est voulu selon les auteurs. “On ne veut pas être prescripteur sur ce point”, atteste Rémi Guyot, chantre de la simplicité (cf son modèle H.O.R.S.E) et donc de la radicalité. Divergence, convergence. “Les rives sont la chance du fleuve, car elles l’empêchent de devenir marécage.”


Découvrez aussi notre interview avec les auteurs :

Pour aller plus loin :


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